Je ne suis personne (Manne 7adan)

Manne 7adan

Je ne suis personne (Manne 7adan)…

Je ne suis pas l’enfant d’un zaim, d’un chef de tribu, ni d’un politicien ou d’un homme religieux.

Je ne suis pas une actrice ou une chanteuse, une romancière ou une femme de ‘haute société’.

Je ne suis pas un homme d’affaires, un journaliste de renom ou un lauréat de concours prestigieux.

Je ne suis pas de ceux qui ont le pouvoir.

Je ne suis pas connue.

Il est donc fort probable que mes propos ne soient pas d’un grand intérêt pour beaucoup de libanais.

Toutefois, je tiens à partager quelque chose de mon histoire, celle d’une libanaise de 13 ans vivant dans la vallée de la Békaa, au sein d’une famille à faible revenu, une malheureuse fille qui n’a jamais connu ce qu’est la paix, une fille qui subit continuellement la violence, une fille qui fut privée d’école dès jugée prête pour le mariage, une fille qui fut mariée à un homme de 65 ans, une fille qui est tombée enceinte alors qu’elle ne voulait jouer qu’avec ses amis, étudier et rêver d’un futur différent, une fille qui voulait voyager, devenir pilote, artiste ou médecin, une fille qui a douze frères et soeurs – et dont les soeurs ont subi le même sort- , une fille qui ne peut révéler sa véritable identité, son soi en public, de peur d’être massacrée – comme ma voisine d’ailleurs, tuée par son père et son frère, car elle aimait un jeune homme de confession différente , une fille en sang et en flamme tout comme le pays dont elle est issue…

Je ne suis personne. Et il y a tant d’autres filles qui ne sont personne, qui souffrent en silence, et auxquelles on dit ‘c’est par devoir’, ‘tu es obligée’, ‘ce sont nos traditions et nos coutumes’, ‘tu dois te sacrifier’, ‘tu dois obéir’, ‘tu dois te taire’.

Je ne suis personne. Je suis une morte-vivante, et mes enfants le seront aussi.

Je ne suis personne. Et il y a tant d’autres libanais qui ne sont personne, qui meurent et sont vite oubliés.

Je ne suis personne. Je chante ici mon dernier chant, avant de m’éteindre pour l’éternité…

[hr]

Propos recueillis et traduits par Dre Pamela Chrabieh

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  1. Maryam, ne perds pas courage. Il est vrai que ta situation est des plus dramatiques, ainsi que celles d’autres filles et femmes au Liban et dans le monde arabe, mais nous ne pouvons pas rester victimes. Et le fait même de ‘chanter’ ton histoire est un acte de bravoure.

  2. Thank you Maryam for your testimony. We need to say it out loud. Many of us suffer and will suffer more. Many will die but they would have sacrificed for a good cause, for peace, for human rights, for a better human being.

  3. Thank you for sharing. Domestic violence is a national problem. It’s about time Lebanese deal with this issue.

  4. Bonjour Maryam. Je te souhaite de pouvoir sortir de l’enfer dans lequel tu te trouves. Nous avons absolument besoin de lois pour nous protéger. Je ne sais pas quoi dire d’autre. J’ai besoin de crier…

  5. Je ne sais pas quoi dire, j ‘avais déjà lu il y a quelques mois… Dr. Pamela, merci d’avoir porté au public ce témoignage d’une situation pas si rare, malheureusement. Où “situation” veut dire “crime à petit feu, sur si jeune personne”.

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