Femmes et Politique au Liban

Dr. Pamela Chrabieh in IstanbulEn septembre 1997 au Caire, le Conseil interparlementaire a adopté la Déclaration universelle sur la démocratie et a engagé les gouvernements et parlements du monde entier à s’en inspirer. Dans la première partie de ce texte, intitulée “Les principes de la démocratie”, est énoncé le principe suivant: “Il ne saurait y avoir de démocratie sans un véritable partenariat entre hommes et femmes dans la conduite des affaires publiques où hommes et femmes agissent dans l’égalité et la complémentarité, s’enrichissant mutuellement de leurs différences”.

La politique en sens large – la gestion de la Cité -, et au sens particulier – la course au pouvoir des partis politiques et les élections législatives -, est profondément enracinée dans la société libanaise. Quel que soit le sens adopté, l’implication des femmes en politique ne date pas d’hier, mais elle gagne de l’importance depuis moins d’une décennie. Des femmes contribuent notamment à la production et la promotion d’une culture de la paix, tant au sein des entreprises médiatiques que des associations civiles, des organismes non gouvernementaux et des partis politiques. Toutefois, leurs voix sont souvent marginalisées et accusent un manque évident de solidarité-partenariat. Principales victimes civiles des conflits (avec les enfants), les femmes n’ont souvent aucun moyen de les prévenir et sont exclues des négociations visant à les régler. Elles sont de plus cantonnées à un rôle marginal dans le processus de reconstruction et de réconciliation.

Afin de renforcer le rôle des femmes en politique, voici quelques propositions :

1)  Faire connaître au public libanais des visions et actions de Libanaises en politique (conscientisation, promotion de la participation des femmes en politique) : il s’agit ici de promouvoir la critique de l’image de la femme libanaise en tant qu’uniquement passive et victime pour une image active et responsable-engagée ; ainsi que de sensibiliser le public libanais à l’importance d’intégrer la question de la parité des genres en politique.

2) Établir un réseau de dialogue entre des femmes en politique aux niveaux national et transnational (socialisation – globalisation + Formation-Empowement/ Capacitation). Notons qu’il est essentiel de dresser et d’implanter des stratégies de globalisation de valeurs et pratiques au sens d’une solidarité et d’un échange-partage pour améliorer la situation et la représentation des femmes.

3) Encourager la production de recherches appliquées adoptant l’approche intégrative de la dimension de genre (approche « sexospécifique ») en sciences politiques et sociales. L’approche sexospécifique est une perspective intégrée, cohérente et stratégique, qui consiste à faire émerger et à renforcer des pratiques respectueuses de l’équité et de l’égalité entre hommes et femmes. Elle se base sur le fait que les sources d’inégalités dans les relations entre les genres sont en réalité inscrites dans les normes, les pratiques sociales, les institutions collectives, l’Etat, la famille, le marché etc. L’approche sexospécifique comprend  trois principaux et indissociables niveaux d’intervention, à savoir :  l’analyse contextuelle, la définition, l’adoption et l’implantation des politiques,  la gestion et l’évaluation des programmes. Ces trois nivaux d’intervention doivent être inspirés par les différents expériences, incidences et rapports que les hommes et les femmes vivent et construisent, eu égard aux problématiques culturelles, politiques, sociales et économiques auxquelles ils sont collectivement confrontés.

4) Aligner les projets de recherche et d’application en politique de la valorisation du rôle de la femme dans le maintien et la construction de la paix avec le programme international traitant des femmes et des conflits (résolution 1325 du Conseil de Sécurité des Nations Unies sur les femmes, la paix et la sécurité, le 31 octobre 2000). Cette résolution marque la disproportionnalité de l’impact des conflits sur les femmes par rapport aux hommes, et reconnaît que les contributions des femmes à la prévention des conflits, à la construction de la paix et au maintien de celle-ci sont sous-estimées (under-valued) et peu utilisées (under-utilized), d’où l’importance de leur participation active avec les hommes en tant qu’agentes de paix et de sécurité.

[hr]

Image: Dr. Pamela Chrabieh in Istanbul (Turkey) – Religion and State Relations in Lebanon: Effects on Diversity (2010)

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  1. I am Syrian but writing from Canada. I heard of your blog through a friend of mine. It’s a great initiative. Especially concerning the urgency of creating knowledge by women on themselves and on their relations to men, and the fact that there are men also who are for a partnership with women in order to enhance the quality of living in the middle eastern societies. And yes, women should be more involved in politics!

  2. Longue route pour les femmes au Liban en politique… Ne pas oublier le clientélisme, le népotisme, la wasta (pistons), et la mentalité tribalo-familiale-confessionnelle, qui constituent des obstacles majeurs à son intégration.

  3. J’aime bien votre posture dans cette photo… Et je vous appuie dans votre réflexion. La plupart des femmes au Liban sont affairées à s’occuper de leur physique en négligeant un aspect essentiel: leurs droits et libertés, et la reconnaissance de leurs capacités.

  4. La lutte est certes longue et difficile. Ne pas oublier que bien des femmes se sont battues auparavant, bien d’autres le font en silence et même payent de leur dignité et de leur vie… En poursuivant leurs luttes et créant de nouvelles perspectives, nous les honorons. Merci pour vos encouragements!

  5. Tout à fait d’accord! Merci pour ce beau texte! La situation actuelle est aberrante. J’espère que vous allez aussi critiquer le système bancaire (la femme ne peut ouvrir un compte pour ses enfants) et autres problèmes…

  6. C’est dommage on est tellement loin d’implanter l’égalité entre femmes et hommes aux niveaux social et politique… Mais je ne perds pas espoir!

  7. Such a long way to drive in… Shame on women, before men, in Lebanon. Why are spending – most of them – their time with plastic surgery and shopping, pampering their husbands and leaving their kids with maids, with ‘ignorance’ and ‘superficial’ written on their forehead? They should be equal partners in running the country, not whores, nor submissive.

  8. Let’s wait and see how many women will be elected in the next Lebanese Parliament… I bet less than 3%, as usual, and those elected will be ‘spouse of’, ‘daughter of’, … political leaders, alive or dead.

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